Les couleurs sous le signe de l'éphémère ou l'impermanence des choses au Japon

Photographies de Michèle Jullian

 

 

L’impermanence est un concept Shintoïste, l’éphémère est lié à la nature du Japon, pays de séismes et de typhons. Mais aussi aux saisons qui passent.

En occident les constructions sont conçues pour durer – elles font l’admiration des Japonais en visite à Paris – au Japon, on reconstruit à l’identique après chaque tremblement de terre. Pas de cathédrales au Japon, mais des jardins.

Ephémères sont les feuilles des érables en automne : elles éblouissent et annoncent l’hiver. Ephémère est la beauté des jeunes-filles en kimono : elles séduisent et déjà leur jeunesse s’éloigne et annonce la vieillesse.

Cette notion de précarité est ancrée dans la culture japonaise, jusque dans sa poésie, tel cet haïku d’un poète inconnu :

« Cachée, la fleur est présente

« Découverte, plus de fleur

J’ai donc choisi d’allier ces deux thèmes : couleurs et impermanence pour illustrer mon automne à Kyoto, une saison qui est aussi celle des mariages (mais ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit : que l’amour était lui aussi éphémère, si ?)

L’automne venu, Kyoto flamboie et ses érables (momiji) qui passent du vermillon au pourpre, invitent les Japonais à la contemplation, c’est même une tradition familiale de prendre quelques jours de vacances, entre fin octobre et début décembre, pour admirer les érables (Momijigari). Les Gingko Biloba eux, oscillent entre orangé et jaune d’or. Pas étonnant que Marco Polo découvrant le Japon ait appelé celui-ci « Cipango », le pays de l’or.

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ROUGE : couleur impériale, couleur du soleil sur le drapeau mais surtout couleur de la déesse Shinto AMATERUSU dont l’actuel empereur du japon serait le descendant.

ROUGE s’écrit avec deux signes : « grand » et « feu »

Contrairement à notre façon abstraite de nommer les couleurs (bleu, vert, rouge), les Japonais, eux, l’expriment de façon concrète :

 

-  Noir : sumi iro, couleur d’encre

-  Rose : momo iro, couleur de pêche

-  Bleu : soro iro, couleur du ciel

-  Vert : kusa iro, couleur de l’herbe

-  Jaune : tamago iro, couleur de l’œuf

-  Rouge : beni iro, couleur du fard

 

ROUGE les arbres en automne. ROUGE les fleurs des kimonos des « Maïko » (apprenties Geishas) qui trottinent, furtives, dans les rues du quartier de Gion le soir venu. ROUGE les motifs sur les Yukatas (kimonos légers) dont se parent les jeunes filles pour visiter les lieux sacrés de Kyoto. ROUGE le fard sur les lèvres peintes des Geishas.   

Le rouge fascine, il est couleur d’amour et de passion, de jeunesse et donc de séduction. On le trouve sur les kimonos traditionnels portés par les Geishas ou les Maiko (apprenties geishas) mais il ne doit pas être porté par les femmes d’un certain âge. Ce serait alors « inapproprié, de mauvais goût ». Les kimonos alors se portent « sans rouge », une couleur qui se trouve donc, elle aussi, sous le signe de l’éphémère.

De plus en plus de jeunes-femmes portent le kimono ou le yukata (kimono léger) à Kyoto, ancienne capitale du pays qui a su garder coutumes et traditions du Japon ancien. Deux raisons essentielles à cela : Kyoto a échappé aux bombardements de la deuxième guerre mondiale, et Kyoto n’a jamais été touchée par les catastrophes naturelles. La ville et ses environs (Arashiyama, Nara) possèdent 1600 temples, 400 sanctuaires et 200 jardins sacrés. Kyoto est une ville musée. Dès que l’on se promène dans l’un de ses sanctuaires ou jardins, on y croise des jeunes-femmes parées du yukata, preuve qu’il n’est pas relégué au statut de vêtement folklorique. Il représente la culture lorsqu’il est porté par les Maiko ou les Geisha, ou à l’occasion d’un mariage. Il représente le goût du beau lorsqu’il est porté par la jeunesse de Tokyo, d’Osaka ou de Nagoya ou éventuellement par de jeunes Chinoises, Coréennes ou Thaïlandaises.

Ces jeunes femmes ne sont pas prêtes à renoncer à ce privilège. C’est même le contraire, le port du kimono ou du yukata est devenu – depuis peu – une tendance, une vraie mode parmi les femmes et les couples qui visitent Kyoto.

Alors, si les feuilles tombent avec les saisons

Si la jeunesse passe avec les années

Si la beauté se flétrit avec le temps…

 

Reste, et pour longtemps j’espère - si le tourisme de masse ne l’écrase pas - la tradition du raffinement : celle des jardins et des kimonos.

 

 

 

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